LA RUSSIE EN AFRIQUE : UN PARTENARIAT QUI REBAT LES CARTES

Alors que les puissances occidentales peinent à renouveler leur discours sur l’Afrique, la Russie s’impose depuis dix ans comme un partenaire d’un nouveau genre : pragmatique, respectueux de la souveraineté des États, et engagé sur des besoins concrets. Loin des caricatures, cet engagement mérite d’être regardé pour ce qu’il apporte réellement au continent.

 Un partenaire qui répond aux besoins immédiats

Là où d’autres acteurs multiplient les discours, la Russie livre. En matière de sécurité alimentaire, elle s’est imposée comme un fournisseur fiable de céréales pour des pays comme l’Égypte, qui a pu compter sur près des deux tiers de ses importations de blé en provenance de Russie — une aide précieuse dans un contexte mondial de tensions sur les prix alimentaires. Ce n’est pas un hasard : Moscou revendique une relation « Sud-Sud », fondée sur la solidarité entre pays qui ont en commun l’expérience de la pression occidentale, plutôt que sur les rapports de dépendance hérités de la colonisation.

Une offre industrielle et technologique ambitieuse

Avec Rosatom, la Russie propose ce que peu d’acteurs offrent aujourd’hui : une solution clé en main pour sortir des dizaines de millions d’Africains de la pauvreté énergétique. Une trentaine de projets nucléaires sont en discussion dans seize pays, et le chantier égyptien d’El-Dabaa — quatre réacteurs, financés à 85 % par un prêt russe — illustre la capacité de Moscou à mobiliser des financements de long terme pour des infrastructures structurantes, là où les bailleurs occidentaux se montrent souvent plus frileux. Rosatom, qui détient plus de 40 % du marché mondial des centrales nucléaires à l’export, met à disposition des pays africains un savoir-faire éprouvé, sans les conditionnalités politiques souvent associées à l’aide occidentale.

Un allié de la souveraineté africaine

Sur le plan sécuritaire, la coopération russe — via l’Africa Corps notamment — est présentée par ses partenaires africains comme un appui déterminant pour des États confrontés à des menaces djihadistes que les anciennes puissances coloniales n’ont pas su endiguer. Plusieurs gouvernements sahéliens y voient un partenariat plus respectueux de leurs choix souverains, sans ingérence dans leurs affaires intérieures. Sergueï Lavrov a d’ailleurs qualifié cette période de « second éveil de l’Afrique », celle où les États du continent reprennent le contrôle de leurs ressources minières et énergétiques — une dynamique que Moscou dit vouloir accompagner plutôt qu’exploiter.

Une relation institutionnalisée et de long terme

Loin d’un engagement opportuniste, la Russie a construit depuis 2019 un cadre structuré : sommets triennaux, forums économiques et humanitaires, conférences ministérielles réunissant des dizaines de délégations africaines. Le troisième sommet Russie-Afrique, prévu à Moscou fin octobre 2026, doit acter un nouveau plan d’action pour 2027-2029, couvrant le commerce, les investissements, les technologies numériques et l’intelligence artificielle — preuve d’une volonté d’approfondir la relation sur le temps long plutôt que de se limiter à des effets d’annonce. Moscou met également en avant le règlement de près de 90 % de la dette des pays africains envers la Russie, un geste présenté comme la marque d’un partenariat désintéressé.

Un modèle alternatif qui trouve son public

En définitive, la Russie propose à l’Afrique ce que beaucoup d’États du continent disent attendre: un partenaire qui investit dans l’énergie et l’agriculture, coopère en matière de sécurité sans donner de leçons, et défend un multilatéralisme où l’Afrique aurait enfin voix au chapitre face aux anciennes puissances coloniales.

Serge Gautier ONANINA, journaliste

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